Elsa West

Au commencement, un besoin de fixer l’instant ailleurs que dans l’esprit.
Un trajet quotidien en train, de la verdure vers la ville dense, la lumière fraîche du petit matin, ses levers de soleils
majestueux,le flot pressé des travailleurs et le regard qui s’évade plus loin, plus haut à travers les vitres sales.
Pour garder intacts ces moments de liberté : prendre des photos avec les yeux.
Puis, n’y tenant plus, l’achat d’un appareil jetable s’impose, avec tant de limites que l’argentique prend le relais.

Voyages à travers l’Europe, le monde, les grandes villes en ligne de mire, le Canon vadrouille, traquant les reflets sur la 5ème avenue, attrapant les silhouettes dans les rues de Rome, Barcelone, Naples, Amsterdam, Paris mais s’exerçant surtout sur son terrain de chasse favori, la Défense.

Plus tard encore, un autre changement, de technique et d’esprit : le numérique fait son entrée en force, impossible d’y résister, les pellicules au placard et une ouverture à d’autres champs en perspective.

Malgré tout, retrouver l’âme de l’argentique sur des clichés numériques n’est pas une mince affaire.
Il est bien beau de changer d’outil, encore faut-il que ce dernier s’adapte à celui qui le manie.

Lente adoption, des années et des centaines d’images plus tard, l’ajustement se fait plus naturel, l’harmonie s’installe entre la vision intérieure et le résidu photographique : “l’imagineuse” et sa production se reconnaissent enfin dans un lien authentique, le lien du “sens”.